Littérature « Sarah Vermande
Littérature | Traductrice
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Nuri a grandi au Caire entre une mère fragile, un père absorbé par ses activités secrètes de dissident en exil, et leur bonne égyptienne, Naïma. Au seuil de l’adolescence, Nuri perd sa mère chérie, cette presque sœur ; la nouvelle épouse de son père, Mona, qu’il a « vue le premier », pourrait reprendre le rôle si elle ne le troublait pas tant, et si elle n’en jouait pas tant. Lorsque le père de Nuri disparaît à Genève dans des circonstances mystérieuses, tous deux vont devoir vivre avec le poids de cette disparition, une absence à laquelle les années qui passent ne parviennent pas à donner un autre nom, et l’espoir qui, s’amenuisant sans s’épuiser, empêche le deuil.

Dans Le pays des hommes, Hisham Matar évoquait la dictature libyenne par les yeux d’un enfant et de sa relation fusionnelle avec sa mère. Ce second roman, élégant et pudique, est celui de l’exil, de l’adolescence et du rapport au père. Comment devenir un homme à l’ombre du glorieux absent ? Comment tuer un père qui n’est ni vivant ni mort ?

Été 1964. À quelques jours de l’échéance redoutable et redoutée de sa retraite politique, Winston Churchill reçoit une visite aussi familière que malvenue : celle du « Black Dog », selon le nom qu’il a toujours donné à ses épisodes dépressifs. Mais il n’est pas le seul objet des attentions envahissantes de l’énorme bête noire – car énorme bête noire il y a bien… Quelle n’est pas la surprise d’Esther Hammerhans, employée de la bibliothèque parlementaire de Westminster, de voir un animal se présenter chez elle pour louer sa chambre vide. Et s’y installer. Et prendre ses aises. Pendant cinq jours et cinq nuits, le chien et son humour lamentable vont mener un double assaut contre le vieux héros et la jeune inconnue. Une bataille qui serait gagnée d’avance si, à l’ombre de la grande Histoire, certains méandres de la petite ne suscitaient pas d’improbables alliances.

Rebecca Hunt signe ici un premier roman insolite et pétillant où, sous couvert d’une douce excentricité toute britannique, elle traite avec pudeur et lucidité de la solitude et de la dépression. Une fable drôle et tendre où le chien est un loup pour l’homme et l’amour, l’impolitesse du désespoir.

« Rebecca Hunt nous parle d’un sujet douloureux avec légèreté. Comme Churchill, elle préfère s’amuser de ce qui la tourmente et l’empêche de se sentir légère. On s’amuse nous aussi. » Sylvie Testud pour Le Monde des Livres

À Buell, Pennsylvanie, les hauts-fourneaux sont éteints depuis belle lurette. Ce qui reste des heures glorieuses de la sidérurgie n’est que misère, délabrement, rouille. La somptueuse et sombre nature alentour, les inquiétants paysages de gares de triage désaffectées et d’usines à l’abandon, les bars glauques où des hommes aux abois ruminent leur triste destin, tout suinte le désespoir. A vingt ans, unis par une improbable amitié, le chétif Isaac English et l’athlétique Billy Poe devraient être à l’université, mais aucun n’a quitté sa vallée natale. Tandis qu’Isaac le surdoué s’occupe de son père invalide, Billy l’athlète raté se défoule dans les bagarres… Quand le premier se décide enfin à tenter sa chance ailleurs – avec en poche quatre mille dollars volés à son père -, Billy accepte de faire un bout de route avec lui. Mais un incident les oppose presque aussitôt à des vagabonds, et le drame se noue, mettant à mal toutes les loyautés – amicale, amoureuse, familiale, humaine. Prenant à bras-le-corps de grands mythes américains, Philipp Meyer signe un roman ambitieux et haletant qui saisit magistralement cette Amérique en sursis, celle qui, aujourd’hui plus que jamais, survit dans un renoncement perpétuel à ses propres fondements.

« Premier roman hyper puissant pour les amateurs de lyrisme yankee. C’est ici un roman de classe, dans une Pennsylvanie dévastée par la crise sidérurgique. Amitié, paternité, virilité, deuil de ses rêves par manque d’argent, désolation, beauté littéraire. »
Hubert Artus, Rue89

« Une des plus belles révélations américaines de l’année ! Entre Steinbeck et Faulkner. »
Gérard Collard, La Griffe Noire

« Dès l’abord, on s’attend à un roman populiste. Mais – cela s’appelle littérature – il y a façon et façon d’écrire faits et pensées. Chaque chapitre porte le nom d’un personnage. Et, de l’iun à l’autre, l’auteur nous installe, sans mélodrame ni complaisance, dans un univers évoqué d’un ton qui dit la réalité de tous les Buell du monde. »
Le Monde des Livres

« Un arrière-goût de rouille est un roman dangereux. Un mélange remarquable de noirceur désespérante et de force brute, celle qui pousse les personnages de ce roman à toujours vouloir s’en sortir. Le rythme de ce roman est haletant, porté par une écriture magistrale, descriptive mais tendue, délicate et brutale. Ce style a valu à Meyer d’être comparé à Steinbeck, rien que ça.
Il parvient en tout cas à capter avec un talent immense la fragilité des existences, les épreuves de l’amitié et restitue parfaitement le chaos d’une Amérique obscure et oubliée, celle des déshérités, des laisser pour compte du rêve américain. »

L’Echappée Belle, librairie à Sète

Le passé tenaille les hommes de la famille Mirsky, dont le père, Sol, survivant de la Shoah, a immigré à New York après la guerre.
Des deux fils de Sol, on retient surtout l’effarouchement et le chagrin, omniprésents. Daniel, l’aîné, charismatique jusqu’à l’excès, était promis à un brillant avenir avant d’être happé par la spirale de la drogue et du désenchantement. Nathan, le cadet, porté par une éternelle colère, semble avoir à regret trouvé sa voie dans la médecine. Petit à petit, l’admiration pour le grand frère solaire s’est muée en mépris pour l’ange déchu. Mais Daniel est mort, sans doute assassiné, à l’autre bout des États-Unis. Pour tenter de débrouiller les circonstances de cette disparition et, au-delà, l’échec de leurs deux vies, Nathan part mener sa propre enquête à San Francisco, accompagné, encombré, de Sol, mutique, trop vite persuadé de n’avoir su protéger ses fils des fantômes du passé.
Dans ce premier roman hypnotique et poignant, douloureusement drôle aussi, Ehud Havazelet met subtilement à nu les ressorts de l’incommunicabilité entre les êtres, ces implacables mécanismes qui nous poussent à blesser ceux que nous aimons le plus, pour mieux les blâmer du mal que nous leur faisons.

« Ce requiem pour mal-aimés et mal-aimants est sans doute le grand livre que l’on attendait sur la douleur des enfants de la Shoah, un livre qui, par son éclat noir, éclipse tous les autres. »
Olivier Mony, Sud-Ouest

« Le bouillonnant roman d’Ehud Havazelet frappe à la fois par ses qualités d’écriture, sa compréhension des êtres et sa manière éblouissante d’arriver pourtant à faire surgir la beauté et l’émotion au détour d’une page. Chapeau bas. »
Alexandre Fillon, Livres-Hebdo