Littérature « Sarah Vermande
Littérature | Traductrice
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Un conte noir et cruel, made in America.

« Quand ils ne sont pas du côté de l’ordre, de l’académisme et de la validation des acquis, les écrivains souvent confessent leur fascination pour la folie. C’est presque une tentation. La folie renverse les valeurs, elle tient le réel pour un mensonge, elle perturbe le jeu social, elle suscite des visions terribles, parfois même elle invente une langue nouvelle. Et voilà la page inédite écrite sans effort. Cette représentation de la folie comme joyeux anarchisme, douce ivresse ou rêve éveillé s’épargne à bon compte l’angoisse et les tourments, la prison psychique de la maladie mentale.

Il n’en reste pas moins que la folie – et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles certains esprits basculent – possède le pouvoir d’attraction d’une alternative. L’écrivain qui s’empare du sujet court d’ailleurs le risque de confondre les effets de ce délire avec l’outrance et l’incongruité inhérentes à son art. D’une certaine façon, tous les personnages de roman sont des fous, en proie à des idées fixes, obéissant à une force qui les dépasse, s’exprimant dans une langue bizarre. Nous ne pouvons donc qu’admirer le romancier qui parvient non seulement à décrire les manifestations de la folie, mais à nous faire aussi partager sensiblement cette expérience en distillant le doute sur le sens de ce que nous lisons.

Tel est le tour de force que réussit le jeune auteur américain Colin Winnette avec Coyote. Un tour de force qui tient moins cependant aux moyens déployés qu’à une forme de suggestion subtile. Son récit est piégé. Il court sur deux plans à la fois : le premier, littéral, linéaire, réaliste ; le second, souterrain, mental, elliptique. Ça commence comme un fait divers et, donc, comme un thriller. Un matin, en entrant dans sa chambre, un couple constate que sa petite fille a disparu. La veille, ils avaient un peu bu, rien de bien exceptionnel. C’est la mère qui raconte et, d’emblée, le lecteur épouse son point de vue. Elle voudrait tout dire à la fois, le passé, le présent, sa fille, son mari, ce qui s’est passé avant, ce qui se passe depuis. Sa confusion est bien compréhensible.
Le tour de force de Colin Winnette tient moins cependant aux moyens déployés qu’à une forme de suggestion subtile

(…)

Une nouvelle hypothèse se fait jour dans notre esprit. Puis une autre encore. Ce roman bref, écrit dans la langue très simple de son personnage qui élude volontiers les négations et se cogne aux parois de son crâne en poursuivant sa logique aux abois, n’est jamais ce qu’il paraît être. Le texte imprimé est une glace fine formée à la surface d’un monde obscur, inquiétant, une glace sur laquelle j’engage le lecteur à s’aventurer avec prudence.

Eric Chevillard, Le Monde des Livres

Tous les ingrédients du western, mais un western comme vous ne l’avez jamais ni lu, ni vu. Colin Winnette réinvente le genre.


Nous sommes en 1984, en pleine guerre froide, et alors qu’un navire de guerre soviétique sillonne l’Atlantique Nord, la jeune Gerry cherche sa place dans le monde et chez elle : sa mère entame une nouvelle vie amoureuse et l’adolescente ne se remet pas du départ de son père qu’elle tente vainement de remplacer en fréquentant assidûment son grand-père paternel, un ancien présentateur de télé un brin excentrique. Alors que la menace nucléaire grandit, Gerry s’engage corps et âme auprès d’un groupe d’activistes. Des actions violentes sont prévues lors d’une manifestation pacifique : entre rêveries postapocalyptiques et réalité, la tension monte et poussera bientôt Gerry à confronter les démons qui la tenaillent.

Un beau roman d’apprentissage qui saisit la fragilité de la condition adolescente, ce point de basculement vers tous les possibles, y compris les plus effroyables.

Roman familial, vaste fresque de l’Amérique des années 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux Prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages – trois générations d’une famille texane, les McCullough – dont les voix successives tissent et explorent avec brio la part d’ombre du rêve américain.
Eli, le patriarche que l’on appelle « le Colonel » est enlevé à l’âge de onze ans par les Comanches et passera avec eux trois années qui marqueront sa vie. Revenu à la civilisation, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de devenir un grand propriétaire terrien et un entrepreneur avisé.
À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.
Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouve à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’œuvre du « Colonel ». Mais comme ceux qui l’ont précédée, elle a dû sacrifier beaucoup de choses sur l’autel de la fortune. Et comme tous les empires, celui de la famille McCullough est plus fragile qu’on ne pourrait le penser.
Porté par un souffle romanesque peu commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire.

*Lauréat du prix littéraire Lucien Barrière du Festival de Cinéma Américain de Deauville 2014*

*Lauréat du prix Littérature-Monde décerné par le festival Etonnants Voyageurs et l’AFD, mai 2015*

« Philipp Meyer tire une superbe épopée, d’une grande finesse, sur la naissance des Etats-Unis et sur le rapport qu’ils entretiennent avec la violence. Un roman très fort, plein de bruit, de sang et de fureur. »
Raphaëlle Leyris, Le Monde des livres

« Avec ce portrait de famille qui va de la guerre américano-mexicaine à l’invasion de l’Irak, Meyer nous offre une incroyable orchestration de l’histoire américaine, témoignant du fait que tout vainqueur bâtit son empire sur des os blanchis par l’illusion de sa supériorité morale. »
The Washington Post

« Conteur incroyable, Philipp Meyer a parfaitement digéré son énorme documentation et réécrit trois fois complètement Le fils. Le résultat donne un roman puissant et fort qui réussit à être réaliste et onirique à la fois. A donner à lire d’une manière neuve le rêve américain avec ses nombreux dommages collatéraux.»
Alexandre Fillon, Livres Hebdo

« Hyperréaliste, lyrique parfois, plus prenant qu’un western, ce roman énorme décortique avec sagacité le mythe de la frontière. Un tour de force.»
Philippe Chevilley, Les Echos

Une petite ville du nord de l’Angleterre au milieu des années 1970. Gemma et Pauline ont dix ans. Elles ont beau être dans la même classe, elles ne sont certainement pas amies. Couettes impeccables, teint de pêche, excellents bulletins pour l’une ; cheveux gras, sous-alimentation, forfaits perpétuels pour l’autre. Un incident insignifiant va créer entre ces deux fillettes que tout oppose un lien indéfinissable, fragile, dangereux, tandis que leur école s’apprête à servir de décor à un tournage qui, peut-être, ne l’est pas moins.

Dans un premier roman polyphonique magistralement orchestré, Amanda Coe dresse un tableau sans complaisance de l’enfance et de ses prédateurs. Une jeune prodige de l’imitation, une actrice vieillissante, un agent artistique à qui on ne la fait pas et une productrice hollywoodienne à la dérive complètent la galerie de personnages que l’auteure, qui écrit régulièrement pour la télévision britannique, dessine avec humour et finesse, et une lucidité dévastatrice.

« L’alternance magistrale de scènes d’une violence insoutenable et d’humour anglais délectable embarque le lecteur dans une étonnante atmosphère d’enfance prétendument innocente. Attention roman addictif. »
Valérie Susset L’Est républicain

Nuri a grandi au Caire entre une mère fragile, un père absorbé par ses activités secrètes de dissident en exil, et leur bonne égyptienne, Naïma. Au seuil de l’adolescence, Nuri perd sa mère chérie, cette presque sœur ; la nouvelle épouse de son père, Mona, qu’il a « vue le premier », pourrait reprendre le rôle si elle ne le troublait pas tant, et si elle n’en jouait pas tant. Lorsque le père de Nuri disparaît à Genève dans des circonstances mystérieuses, tous deux vont devoir vivre avec le poids de cette disparition, une absence à laquelle les années qui passent ne parviennent pas à donner un autre nom, et l’espoir qui, s’amenuisant sans s’épuiser, empêche le deuil.

Dans Le pays des hommes, Hisham Matar évoquait la dictature libyenne par les yeux d’un enfant et de sa relation fusionnelle avec sa mère. Ce second roman, élégant et pudique, est celui de l’exil, de l’adolescence et du rapport au père. Comment devenir un homme à l’ombre du glorieux absent ? Comment tuer un père qui n’est ni vivant ni mort ?

« Un livre d’une grande puissance, hanté par l’absence du père et la violence de la disparition »
Lucie Geffroy, L’Orient Littéraire

Été 1964. À quelques jours de l’échéance redoutable et redoutée de sa retraite politique, Winston Churchill reçoit une visite aussi familière que malvenue : celle du « Black Dog », selon le nom qu’il a toujours donné à ses épisodes dépressifs. Mais il n’est pas le seul objet des attentions envahissantes de l’énorme bête noire – car énorme bête noire il y a bien… Quelle n’est pas la surprise d’Esther Hammerhans, employée de la bibliothèque parlementaire de Westminster, de voir un animal se présenter chez elle pour louer sa chambre vide. Et s’y installer. Et prendre ses aises. Pendant cinq jours et cinq nuits, le chien et son humour lamentable vont mener un double assaut contre le vieux héros et la jeune inconnue. Une bataille qui serait gagnée d’avance si, à l’ombre de la grande Histoire, certains méandres de la petite ne suscitaient pas d’improbables alliances.

Rebecca Hunt signe ici un premier roman insolite et pétillant où, sous couvert d’une douce excentricité toute britannique, elle traite avec pudeur et lucidité de la solitude et de la dépression. Une fable drôle et tendre où le chien est un loup pour l’homme et l’amour, l’impolitesse du désespoir.

« Rebecca Hunt nous parle d’un sujet douloureux avec légèreté. Comme Churchill, elle préfère s’amuser de ce qui la tourmente et l’empêche de se sentir légère. On s’amuse nous aussi. »
Sylvie Testud, Le Monde des Livres

À Buell, Pennsylvanie, les hauts-fourneaux sont éteints depuis belle lurette. Ce qui reste des heures glorieuses de la sidérurgie n’est que misère, délabrement, rouille. La somptueuse et sombre nature alentour, les inquiétants paysages de gares de triage désaffectées et d’usines à l’abandon, les bars glauques où des hommes aux abois ruminent leur triste destin, tout suinte le désespoir. A vingt ans, unis par une improbable amitié, le chétif Isaac English et l’athlétique Billy Poe devraient être à l’université, mais aucun n’a quitté sa vallée natale. Tandis qu’Isaac le surdoué s’occupe de son père invalide, Billy l’athlète raté se défoule dans les bagarres… Quand le premier se décide enfin à tenter sa chance ailleurs – avec en poche quatre mille dollars volés à son père -, Billy accepte de faire un bout de route avec lui. Mais un incident les oppose presque aussitôt à des vagabonds, et le drame se noue, mettant à mal toutes les loyautés – amicale, amoureuse, familiale, humaine. Prenant à bras-le-corps de grands mythes américains, Philipp Meyer signe un roman ambitieux et haletant qui saisit magistralement cette Amérique en sursis, celle qui, aujourd’hui plus que jamais, survit dans un renoncement perpétuel à ses propres fondements.

« Premier roman hyper puissant pour les amateurs de lyrisme yankee. C’est ici un roman de classe, dans une Pennsylvanie dévastée par la crise sidérurgique. Amitié, paternité, virilité, deuil de ses rêves par manque d’argent, désolation, beauté littéraire. »
Hubert Artus, Rue89

« Une des plus belles révélations américaines de l’année ! Entre Steinbeck et Faulkner. »
Gérard Collard, La Griffe Noire

« Dès l’abord, on s’attend à un roman populiste. Mais – cela s’appelle littérature – il y a façon et façon d’écrire faits et pensées. Chaque chapitre porte le nom d’un personnage. Et, de l’un à l’autre, l’auteur nous installe, sans mélodrame ni complaisance, dans un univers évoqué d’un ton qui dit la réalité de tous les Buell du monde. »
Le Monde des Livres

« Un arrière-goût de rouille est un roman dangereux. Un mélange remarquable de noirceur désespérante et de force brute, celle qui pousse les personnages de ce roman à toujours vouloir s’en sortir. Le rythme de ce roman est haletant, porté par une écriture magistrale, descriptive mais tendue, délicate et brutale. Ce style a valu à Meyer d’être comparé à Steinbeck, rien que ça.
Il parvient en tout cas à capter avec un talent immense la fragilité des existences, les épreuves de l’amitié et restitue parfaitement le chaos d’une Amérique obscure et oubliée, celle des déshérités, des laisser pour compte du rêve américain. »

L’Echappée Belle, librairie à Sète

Le passé tenaille les hommes de la famille Mirsky, dont le père, Sol, survivant de la Shoah, a immigré à New York après la guerre.
Des deux fils de Sol, on retient surtout l’effarouchement et le chagrin, omniprésents. Daniel, l’aîné, charismatique jusqu’à l’excès, était promis à un brillant avenir avant d’être happé par la spirale de la drogue et du désenchantement. Nathan, le cadet, porté par une éternelle colère, semble avoir à regret trouvé sa voie dans la médecine. Petit à petit, l’admiration pour le grand frère solaire s’est muée en mépris pour l’ange déchu. Mais Daniel est mort, sans doute assassiné, à l’autre bout des États-Unis. Pour tenter de débrouiller les circonstances de cette disparition et, au-delà, l’échec de leurs deux vies, Nathan part mener sa propre enquête à San Francisco, accompagné, encombré, de Sol, mutique, trop vite persuadé de n’avoir su protéger ses fils des fantômes du passé.
Dans ce premier roman hypnotique et poignant, douloureusement drôle aussi, Ehud Havazelet met subtilement à nu les ressorts de l’incommunicabilité entre les êtres, ces implacables mécanismes qui nous poussent à blesser ceux que nous aimons le plus, pour mieux les blâmer du mal que nous leur faisons.

« Ce requiem pour mal-aimés et mal-aimants est sans doute le grand livre que l’on attendait sur la douleur des enfants de la Shoah, un livre qui, par son éclat noir, éclipse tous les autres. »
Olivier Mony, Sud-Ouest

« Le bouillonnant roman d’Ehud Havazelet frappe à la fois par ses qualités d’écriture, sa compréhension des êtres et sa manière éblouissante d’arriver pourtant à faire surgir la beauté et l’émotion au détour d’une page. Chapeau bas. »
Alexandre Fillon, Livres-Hebdo